Mort d’un appareil : le triste sort d’un Sony A77

Je suis un réflexe. Mais pas n'importe quel réflexe : un réflexe à miroir semi transparent. Un Sony A77.

Bien loin de ces antiques réflexes de chez la concurrence, qui plaquent violemment leur miroir contre une paroi de chambre obscure afin de laisser la lumière venir fouetter leur capteur. Non, j'ai une approche plus subtile. Je laisse en partie la lumière traverser mon miroir transparent. Elle vient délicatement se poser sur mon capteur à la vitesse de 300 000km/s, tandis que j'en redirige le reste vers mon détecteur de phase. C'est cette spécificité qui me permet d'avoir un autofocus aussi réactif. Et quel avantage j'en retire alors ! Je peux me targuer de saisir 12 images par secondes. 12 moments fugaces, déversés à jamais dans la mémoire numérique.

J'ai entendu parler de ces nouveaux fanfarons, les appareils photos hybrides. Ils se passent de miroir. Au début, je n'avais pas peur. En effet, ils ne pouvaient rivaliser avec mes capacités de mise au point. Pas de miroir, bande de frimeurs. Tout ça pour être plus légers. Comme si 300 grammes de différence allaient tout changer. Puis j'ai constaté que leurs capacités s'amélioraient. Certains m'ont même égalé en vitesse de rafale. Et presque en vitesse pour faire le focus.

L'avantage de la monture du A77

 

monture articulée du A77

J'ai bien vu mon compagnon lorgner vers ces hybrides. Pauvre fou. Je conserve quand même des avantages, malgré mes quelques années. Certes, je ne suis pas si vieux que les appareils argentiques. Mais je ne suis plus la pointe de la technologie, l'état de l'art.

Je conserve toutefois quelque chose : ma monture A, ou Minolta. Ces hybrides, qui veulent me remplacer, se parent d'une nouvelle gamme d'objectif. Et en profitent au passage pour jeter à la poubelle des générations d'objectifs. Jadis joyaux d'ingénierie, bijoux d'optiques permettant d'exprimer ses sentiments artistiques en saisissant la danse des photons. Aujourd'hui, vendus pour une misère sur le bon coin. Je ne les boude pas, ces objectifs : je leur offre une nouvelle vie. Ils me le rendent bien, car ils sont mon principal avantage face aux hybrides d'aujourd'hui.

J'ai également quelques autres avantages. Finalement, mon compagnon s'est fait une raison. Ou plutôt, s'était fait une raison. On avait pourtant prévu de continuer ensemble pendant des années. On avait même prévu de se mettre à la vidéo, ensemble...

L'accident du A77

Février 2018. Il fait froid, en France, presque partout. Même où nous sommes, à Toulouse. Mais cela ne nous empêchera pas, mon compagnon et moi même, de profiter de cette belle lumière.

 

lumière

On sort, comme si souvent. Il s'occupe du cadrage, je m'occupe de la mise au point. Un bon travail d'équipe, nous travaillons de concert comme toujours. Même lorsque je dois prendre des poses acrobatiques, je profite de mon écran articulé. Les photos au ras du sol sont une formalité, grâce à lui. Encore un avantage sur les hybrides.

Mais c'est sur l'une de ces acrobaties que tout a basculé.

Je m'approche du sol, je déploie mon écran.

Soudain, quelque chose ne va plus.

Mon écran. Il s'est arrêté. Il ne fonctionne plus. Mon compagnon appuie sur mes boutons, sans comprendre. Je le vois essayer de me réparer, chercher dans l'articulation un faux contact. Tenter d'enlever ma batterie, réinitialiser mes réglages usines. Peine perdue, quelque chose s'est brisé sans que je sache exactement quoi. L'écran articulé qui faisait ma fierté ne s'allumera plus.

La tentative de sauvetage du A77

La suite du voyage à Toulouse s'est fait tant bien que mal, les photos ne pouvant être prises qu'au viseur. Nous sommes allés voir une boutique photo : un coup de froid selon le vendeur. Je n'y crois pas, mon mode d'emploi indique que je peux survivre par ces températures. Il m'indique 45 euros de devis, et probablement plusieurs centaines d'euros de réparation.

Nous avons demandé de l'aide sur des forums spécialisés. C'est ainsi que nous avons appris qu'il s'agissait d'une faiblesse des A77. Probablement à cause de l'articulation. Probablement une nappe abîmée.

Mon compagnon a entrepris une opération de sauvetage. Batterie enlevée pour m'anesthésier, jouant du tournevis et de la pince tels autant de bistouris et de clamps.

 

dévissage de l'écran
démontage de l'écran
écran démonté

Il a constaté dans mes entrailles qu'il pouvait y avoir plusieurs problèmes potentiels. Le PCB, une pièce à 80 euros. L'écran, qui se trouve à quelques dizaines d'euros. Le plus probable, une nappe de connexion à quelques dizaines d'euros également. Ou la carte mère, à plusieurs centaines. Malheureusement, aucun moyen de trouver de manière certaine la cause. Si je devais parier, je dirais la nappe.

Sans certitude, les réparations sont hasardeuses.

Nouveau coup dur : la nappe était collée à un endroit. Au remontage, mon compagnon l'a mal recollée. Le remontage terminé, l'utilisation de mon articulation a sectionné net la connexion. Je suspecte mon concepteur de l'avoir fait exprès...

Triste conclusion.

Quelques semaines se sont écoulées depuis l'incident. Nous avons pris quelques des photos avec le viseur les jours qui ont suivi. Ces photos sont restées secrètes jusqu'à leur envoi vers l'ordinateur. Mais malheureusement, pour le trépied ou pour les photos au ras du sol, je ne suis plus aussi doué.

Finalement, mon compagnon m'a relégué au rang de second boitier. Je ne suis plus son fidèle compagnon de voyage. Il a sauté le pas et m'a remplacé par un hybride.

Je ne lui en veux pas. Je sais qu'il l'a fait, finalement, à contre cœur. Car je l'ai entendu se plaindre de tout ce qu'il perdait au passage. De la batterie minable, de l'écran peu articulé, du flash et des optiques qui ne sont pas compatibles, de l'autofocus, du GPS, du coût... Je lui fais aussi confiance pour servir encore, de temps en temps. Je serai utilisé en studio, en me parant de mon grip et de mon flash.

Enfin, j'espère. Pour l'heure, je suis dans un placard. La première fois depuis des années. Je ne sais pas quand je verrai de nouveau la lumière...

4 commentaires

  1. Pierre 13 juin 2018
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    Une histoire qui fait de la peine et qui fait peur…

    Mon A77 m’accompagne depuis quelques années maintenant, avec un parc d’objectifs qui répond parfaitement à mes besoins. Techniquement parlant tout va bien après quelques 25000 déclenchements, mais les premiers signes de vieillesse apparaissent : le revêtement du grip commence à se découper sur les parties en frottement.
    Je me pose donc naturellement la question de comment le remplacer le jour où il m’abandonnera pour de bon.

    Vers quel modèle vous êtes vous tourné, pour quelles raisons et avec quel retour d’expérience maintenant ?

    • Mérirê 13 juin 2018
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      Bonjour Pierre,
      Oui c’est toujours un peu triste de devoir remplacer quelque chose que l’on aime utiliser. Pour ma part, je l’ai remplacé par un Sony A7. Les dernières versions (A7III) sont très bien mais un peu chères, je me suis contenté d’une version plus ancienne en occasion. Il faudrait que je fasse un article à l’occasion pour faire un retour.

      Ce que j’apprécie : c’est bien plus léger, surtout si on se limite à de petits objectifs. J’ai pris un sony 35f/2.8 et un zeiss 50f/2 loxia, ils se marient bien avec. Et c’est un full frame, cela apporte des avantages (sensibilité en basse lumière, bokeh…). Le prix est très correct pour un full frame.

      Ce qui me manque : le flash interne, qui débouche parfois quelques contre-jours. La batterie, celle du A7 dure vraiment peu ! Je dois toujours en emmener 3 au minimum. Et puis mes objectifs précédents, j’ai pris un adaptateur mais ce n’est pas très pratique.

      Ce que je pensais gênant mais qui ne l’est finalement pas trop : la prise en main, si j’ai un peu râlé au début je me suis finalement habitué. L’absence de stabilisation est compensée par la meilleure montée en iso, donc je m’en sors bien sans.

      Le plus gros inconvénient de ces hybrides, selon moi : si on veut un zoom sympa, l’objectif est énorme par rapport au boitier et la prise en main est mauvaise. Il faut donc se limiter à de petites focales fixes pour être bien à l’aise.

      En tout cas, je souhaite encore une longue vie à ton A77 !

  2. Pierre 13 juin 2018
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    Merci pour ton retour, en espérant qu’il ne me soit pas utile avant un moment !

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